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Les trois éléments constitutifs de l'infraction

Partie I — Droit pénal général · A. Qu'est-ce qu'une infraction

Fil conducteur

Un cariste de l'entrepôt renverse et blesse un collègue. Trois questions, toujours dans le même ordre. Un texte punissait-il ce comportement avant les faits ? Le comportement a-t-il réellement eu lieu ? Et dans quel état d'esprit ? Ici il n'a pas voulu blesser : on ne cherchera donc pas une intention, mais une imprudence. Si l'une des trois réponses manque, il n'y a pas d'infraction.

En une phrase

Pour qu’une infraction existe, il faut toujours réunir un texte qui l’interdit, un comportement matériel, et un état d’esprit.

Pourquoi cette règle existe

C’est la grille d’analyse universelle du droit pénal. Face à n’importe quel cas pratique, tu décomposes l’infraction en ces trois éléments et tu vérifies chacun. S’il en manque un, il n’y a pas d’infraction, et la démonstration est faite.

Comment ça marche

  • ÉLÉMENT LÉGAL : le texte d’incrimination, qui doit exister et être applicable. C’est la traduction du principe de légalité.
  • ÉLÉMENT MATÉRIEL : le comportement extérieur. Le plus souvent une action, parfois une abstention lorsque la loi impose d’agir (non-assistance à personne en danger). On classe aussi les infractions selon leur durée : instantanée (le vol), continue (le recel, qui dure tant que la chose est détenue), d’habitude (qui suppose une répétition).
  • ÉLÉMENT MORAL : l’état d’esprit. Pour les crimes et délits, l’intention est en principe requise (article 121-3 alinéa 1). Le dol général est la volonté de commettre l’acte en connaissant son caractère illicite ; certains textes exigent en plus un dol spécial, c’est-à-dire un but particulier.
  • Certains délits sont non intentionnels : ils supposent une imprudence, une négligence ou un manquement à une obligation de sécurité (article 121-3 alinéas 3 et 4).
  • Pour les contraventions, l’élément moral n’a pas à être prouvé : la simple matérialité du fait suffit.

Exemple concret

Un automobiliste renverse un piéton. Élément légal : l’article 222-19 du Code pénal réprime les blessures involontaires. Élément matériel : le choc et l’incapacité de travail qui en résulte. Élément moral : pas d’intention de blesser, mais une imprudence (excès de vitesse). L’infraction non intentionnelle est constituée.

Vocabulaire

  • Dol général : La conscience et la volonté d’accomplir l’acte interdit.
  • Dol spécial : Une intention supplémentaire exigée par le texte, par exemple l’intention de donner la mort dans le meurtre.
  • Infraction continue : Dont la consommation se prolonge dans le temps. Conséquence majeure : la prescription ne commence à courir qu’à la fin de l’état délictueux.
  • ITT : Incapacité totale de travail. Critère de gravité qui détermine la qualification des violences, mesurée en jours.

Les textes à citer

  • Article 121-3 du Code pénal — l’élément moral et ses variantes.
  • Loi Fauchon du 10 juillet 2000 — restriction de la responsabilité pour les fautes non intentionnelles indirectes.

L'arrêt à connaître

  • Crim. 18 janvier 2000 — Illustre la distinction entre causalité directe et indirecte : quand le lien entre la faute et le dommage est indirect, il faut une faute qualifiée (violation manifestement délibérée ou faute caractérisée) pour engager la responsabilité d’une personne physique.

Piège / à ne pas confondre

La loi Fauchon de 2000 ne concerne que les personnes PHYSIQUES. Les personnes morales restent responsables sur le fondement d’une faute simple en cas de causalité indirecte. Cette dissymétrie est très souvent testée.

À retenir pour l'épreuve

Élément légal, élément matériel, élément moral. Cette décomposition en trois temps est le squelette de toute réponse à un cas pratique de droit pénal.

Vérifier que c'est acquis

1 question(s) tirée(s) du quiz de la matière · touches 1 à 4 pour répondre ·

Dans le meurtre, l'intention de donner la mort, qui s'ajoute au dol général, s'appelle :

Quiz de la matièreFlashcards : Droit pénal