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Le recours pour excès de pouvoir

Partie I — Les sources du droit public · B. Les juges et leurs contrôles

Fil conducteur

Le maire de Vertbourg refuse un permis de construire à un promoteur. Aucun texte ne prévoit de recours contre ce refus. Le promoteur saisit quand même le tribunal administratif : le recours pour excès de pouvoir existe sans qu'aucun texte n'ait besoin de l'ouvrir.

En une phrase

Toute personne intéressée peut demander l’annulation d’un acte administratif illégal, même sans texte l’y autorisant.

Pourquoi cette règle existe

Si l’administration peut décider unilatéralement, il faut une soupape. Le REP est ce contre-pouvoir : un recours gratuit dans son principe, sans avocat obligatoire en première instance, largement ouvert, et dont l’objet n’est pas de condamner mais de faire disparaître un acte illégal de l’ordonnancement juridique.

Comment ça marche

  • Conditions de recevabilité : un acte administratif faisant grief, un intérêt à agir du requérant, un délai de deux mois à compter de la publication ou de la notification.
  • CAS D’OUVERTURE, légalité externe : incompétence (l’auteur n’avait pas le pouvoir), vice de forme (motivation, signature) et vice de procédure (consultation omise), détournement de procédure.
  • CAS D’OUVERTURE, légalité interne : violation directe de la loi, erreur de droit (mauvaise base légale), erreur de fait (les faits n’existent pas), erreur manifeste d’appréciation, détournement de pouvoir (but étranger à l’intérêt général).
  • INTENSITÉ DU CONTRÔLE : restreint (erreur manifeste seulement, en matière de pouvoir discrétionnaire), normal (qualification juridique des faits), maximum ou de proportionnalité (police, sanctions, bilan coût-avantages en matière d’expropriation).
  • Distinction avec le PLEIN CONTENTIEUX : le juge de l’excès de pouvoir ne peut qu’annuler ; le juge de plein contentieux peut aussi condamner à indemniser, réformer la décision, se substituer à l’administration.
  • Procédures d’urgence issues de la loi du 30 juin 2000 : référé-suspension (urgence et doute sérieux sur la légalité), référé-liberté (atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, décision en 48 heures), référé conservatoire.

Exemple concret

Un préfet interdit une manifestation. Les organisateurs saisissent le juge des référés-libertés. En 48 heures, le juge vérifie que l’interdiction était nécessaire et proportionnée au risque de trouble à l’ordre public. Si une interdiction partielle ou un encadrement aurait suffi, l’interdiction totale est suspendue.

Vocabulaire

  • Faire grief : Produire des effets juridiques. Une simple circulaire interprétative ne fait pas grief ; une circulaire impérative oui.
  • Intérêt à agir : Lien suffisamment direct entre le requérant et l’acte. Apprécié de façon libérale, mais non illimitée.
  • Détournement de pouvoir : Usage d’un pouvoir dans un but autre que celui pour lequel il a été conféré. Cas d’ouverture rare mais infamant pour l’administration.

Les textes à citer

  • Code de justice administrative ; loi du 30 juin 2000 relative au référé devant les juridictions administratives.

L'arrêt à connaître

  • CE, Ass., 17 février 1950, Dame Lamotte — Le REP est ouvert même sans texte contre tout acte administratif, pour assurer le respect de la légalité.
  • CE, Ass., 28 mai 1971, Ville Nouvelle Est — Théorie du bilan : une opération n’est d’utilité publique que si ses avantages l’emportent sur ses inconvénients.
  • CE, Ass., 13 juillet 2016, Czabaj — Même en l’absence de notification des voies de recours, un recours ne peut être formé au-delà d’un délai raisonnable, en principe un an.
  • CE, Sect., 12 juin 2020, GISTI — Ouverture du recours contre les documents de portée générale émanant de l’administration, y compris le droit souple.

Piège / à ne pas confondre

Le REP juge l’ACTE, pas les personnes, et l’annulation vaut pour tous (effet erga omnes). C’est la différence majeure avec un litige contractuel ou indemnitaire, où la décision ne vaut qu’entre les parties.

À retenir pour l'épreuve

Dame Lamotte 1950 : le REP est ouvert « même sans texte ». Cas d’ouverture : légalité externe (incompétence, vice de forme ou de procédure) et légalité interne (violation de la loi, erreur de droit, erreur de fait, erreur manifeste d’appréciation, détournement de pouvoir).

Vérifier que c'est acquis

1 question(s) tirée(s) du quiz de la matière · touches 1 à 4 pour répondre ·

Quel est le délai de recours pour excès de pouvoir à compter de la publication ou de la notification de l'acte ?

Quiz de la matièreFlashcards : Droit constitutionnel, administratif et libertés publiques