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La loi et le règlement : la révolution de 1958

Partie I — Les sources du droit public · A. La pyramide des normes

En une phrase

Depuis 1958, ce n’est plus la loi qui peut tout et le règlement qui exécute : la loi a un domaine limité, et le règlement a la compétence de droit commun.

Pourquoi cette règle existe

Les constituants de 1958 voulaient en finir avec l’instabilité de la IVe République, qu’ils imputaient à la toute-puissance du Parlement. Ils ont donc inversé la logique : la loi ne peut intervenir que dans les matières qu’énumère l’article 34. Tout le reste appartient au règlement.

Comment ça marche

  • Article 34 : le domaine de la loi, énuméré limitativement. Deux degrés — matières où la loi FIXE LES RÈGLES (droits civiques, nationalité, crimes et délits et leurs peines, l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions, régime électoral) et matières où elle DÉTERMINE LES PRINCIPES FONDAMENTAUX (défense, enseignement, propriété, droit du travail).
  • Article 37 : tout ce qui n’est pas dans l’article 34 relève du règlement. C’est le pouvoir réglementaire AUTONOME, création de 1958.
  • Titulaires du pouvoir réglementaire : le Premier ministre à titre principal (article 21), le Président pour les décrets délibérés en conseil des ministres (article 13), les préfets et les maires dans leur ressort. Les ministres n’ont pas de pouvoir réglementaire général, sauf pour organiser leur propre service.
  • Défenses du domaine réglementaire : l’article 41 (irrecevabilité opposée en cours de discussion), l’article 37 alinéa 2 (délégalisation de textes existants), l’article 38 (ordonnances : le gouvernement légifère temporairement sur habilitation).
  • En pratique, la frontière s’est brouillée : le Conseil constitutionnel accepte qu’une loi empiète sur le domaine réglementaire sans être censurée pour autant.

Exemple concret

La création d’une nouvelle infraction pénale relève nécessairement de la loi, parce que l’article 34 réserve au législateur la détermination des crimes et délits. En revanche, la création d’une contravention relève du règlement : c’est un décret qui la crée.

Vocabulaire

  • Pouvoir réglementaire autonome : Pouvoir d’édicter des règles générales sans texte législatif préalable, dans les matières de l’article 37.
  • Ordonnance : Acte pris par le gouvernement dans le domaine de la loi, sur habilitation du Parlement. De nature réglementaire jusqu’à sa ratification, elle acquiert ensuite valeur législative.
  • Délégalisation : Procédure permettant au gouvernement de modifier par décret un texte de forme législative intervenu dans le domaine réglementaire.

Les textes à citer

  • Articles 13, 21, 34, 37, 38 et 41 de la Constitution.

L'arrêt à connaître

  • CE, Sect., 7 février 1936, Jamart — Un ministre, même sans texte, peut prendre les mesures nécessaires au bon fonctionnement de son administration. Fondement du pouvoir d’organisation du service.
  • CE, Ass., 26 juin 1959, Syndicat général des ingénieurs-conseils — Les règlements autonomes restent soumis aux principes généraux du droit.

Piège / à ne pas confondre

Ne pas dire que le règlement est « inférieur » à la loi dans l’absolu. Le règlement d’APPLICATION est subordonné à la loi qu’il exécute ; le règlement AUTONOME, lui, n’a pas de loi au-dessus de lui : il est directement soumis à la Constitution, aux traités et aux principes généraux du droit.

À retenir pour l'épreuve

Article 34 : domaine limité de la loi. Article 37 : compétence de droit commun du règlement. Inversion opérée en 1958, atténuée depuis par la pratique.

Vérifier que c'est acquis

1 question(s) tirée(s) du quiz de la matière · touches 1 à 4 pour répondre ·

Quel article de la Constitution énumère les matières réservées à la loi ?

Quiz de la matièreFlashcards : Droit constitutionnel, administratif et libertés publiques