Fiche 0 — Démarrer en droit
Les fondations : ce qu'est une règle de droit, la hiérarchie des normes, lire un texte et un arrêt, les trois exercices du concours et le plan de travail.
Reprendre la lectureFil conducteur
Un fil conducteur pour cette fiche : L’AFFAIRE DU HANGAR. Un entrepreneur, Rachid, loue un hangar à une commune pour y stocker du matériel. Un jour, le maire lui ordonne de partir sous huit jours. Rachid refuse, la commune fait enlever son matériel, une partie est abîmée. Cette seule affaire va nous servir à comprendre ce qu’est une règle de droit, quel juge est compétent, quel texte s’applique, et comment on lit une décision de justice.
1. Qu’est-ce que le droit, concrètement
Avant d’apprendre des règles, il faut comprendre ce qu’est une règle de droit et d’où elle vient. Ce chapitre ne contient rien à mémoriser : il sert à rendre lisible tout le reste.
Le droit est un ensemble de règles obligatoires, sanctionnées par la puissance publique, qui organisent la vie en société. Trois caractères le distinguent d’une règle morale ou d’un usage : il est général (il vise tout le monde, pas une personne nommée), obligatoire (on ne choisit pas de l’appliquer), et sanctionné (l’État peut en forcer le respect).
On distingue deux grandes familles. Le DROIT PUBLIC régit les rapports où intervient une personne publique (l’État, une commune, un ministère) : droit constitutionnel, droit administratif, finances publiques. Le DROIT PRIVÉ régit les rapports entre personnes privées : droit civil, droit commercial, droit du travail. Le droit pénal est à cheval : il oppose l’État à un individu, mais il est traditionnellement jugé par les tribunaux judiciaires, donc rattaché au droit privé.
Pour le concours des douanes, tu croiseras les deux : droit constitutionnel et administratif (public), droit des affaires (privé), droit pénal (mixte), droit de l’UE (public, mais avec des effets directs sur les particuliers).
Les deux ordres de juridiction : la spécificité française
En France, il existe deux systèmes de tribunaux parallèles, qui ne se recouvrent pas. C’est la première chose à intégrer, parce que toute la suite en découle.
- L’ORDRE JUDICIAIRE juge les litiges entre particuliers (civil) et les infractions (pénal). Pyramide : tribunal judiciaire ou tribunal de commerce → cour d’appel → Cour de cassation.
- L’ORDRE ADMINISTRATIF juge les litiges impliquant l’administration. Pyramide : tribunal administratif → cour administrative d’appel → Conseil d’État.
- Quand on ne sait pas lequel est compétent, un troisième organe tranche : le Tribunal des conflits.
Pourquoi cette séparation ? Elle vient de la Révolution : les révolutionnaires se méfiaient des anciens parlements judiciaires, qui bloquaient les réformes royales. La loi des 16-24 août 1790 a donc interdit aux juges judiciaires de juger l’administration. Faute de juge, l’administration s’est mise à se juger elle-même, puis un vrai juge administratif est né de cette pratique. C’est une bizarrerie historique française, mais elle explique l’existence d’un droit administratif autonome.
Conséquence très concrète pour la douane : le contentieux des droits de douane relève du juge JUDICIAIRE (comme les contributions indirectes), alors qu’une décision d’un préfet relève du juge ADMINISTRATIF. Savoir situer un litige est déjà une demi-réponse à une question d’examen.
Fil conducteur
Rachid veut attaquer. Mais qui ? Devant quel tribunal ? La commune est une personne publique, la décision du maire est une décision administrative : c’est le juge administratif. Si le litige avait opposé Rachid à un bailleur privé, ce serait le juge judiciaire. Première leçon : en France, avant de se demander qui a raison, on se demande toujours quel juge est compétent.
2. La hiérarchie des normes
C’est le concept central du droit public. Si tu ne dois retenir qu’une chose de cette fiche, c’est celle-là.
Toutes les règles n’ont pas la même force. Elles sont empilées : une règle inférieure doit respecter toutes celles qui sont au-dessus d’elle, sinon elle peut être annulée. Cette représentation en pyramide vient du juriste autrichien Hans Kelsen.
De haut en bas :
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- LE BLOC DE CONSTITUTIONNALITÉ — la Constitution de 1958, plus les textes auxquels elle renvoie : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, le Préambule de la Constitution de 1946, la Charte de l’environnement de 2004.
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- LES TRAITÉS INTERNATIONAUX ET LE DROIT DE L’UNION EUROPÉENNE — supérieurs aux lois selon l’article 55 de la Constitution.
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- LA LOI — votée par le Parlement, dans les matières listées à l’article 34 de la Constitution.
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- LE RÈGLEMENT — décrets et arrêtés, pris par le pouvoir exécutif (Premier ministre, ministres, préfets, maires).
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- LES ACTES INDIVIDUELS — une décision qui vise une personne nommée : un permis de construire, une sanction disciplinaire, un avis de mise en recouvrement.
Si tu viens de l’informatique, l’analogie qui marche est celle d’un système de configuration en cascade : chaque niveau hérite du niveau supérieur et ne peut pas le contredire. Le recours contentieux joue le rôle du test de conformité, et l’annulation celui du rejet du déploiement.
Qui contrôle quoi
- Le CONSEIL CONSTITUTIONNEL vérifie qu’une loi respecte la Constitution. Soit avant sa promulgation (contrôle a priori, article 61), soit après, à l’occasion d’un procès, par la question prioritaire de constitutionnalité (QPC, article 61-1, créée en 2008 et applicable depuis le 1er mars 2010).
- Le JUGE ORDINAIRE (administratif ou judiciaire) vérifie qu’une loi respecte un traité : c’est le contrôle de conventionnalité. Il peut écarter la loi française contraire.
- Le JUGE ADMINISTRATIF annule un règlement ou un acte individuel illégal, par le recours pour excès de pouvoir.
Point qui surprend toujours les débutants : le juge ordinaire ne peut PAS annuler une loi, mais il peut refuser de l’appliquer si elle contredit un traité. Et le Conseil constitutionnel, lui, refuse depuis 1975 de contrôler les lois par rapport aux traités. Ces deux contrôles sont distincts et ne se confondent jamais.
Fil conducteur
L’avocat de Rachid cherche le texte applicable. Une loi encadre-t-elle la résiliation ? Un décret ? Le contrat lui-même ? Et si le texte français contredisait une règle européenne ? Deuxième leçon : les règles sont empilées, et une règle basse ne peut jamais contredire une règle haute.
3. Comment lire un texte de loi
Tu vas passer des heures à lire des articles. Autant savoir les décoder dès le début.
L’anatomie d’une référence
Exemple : « art. 121-5 du Code pénal » ou « art. L.145-1 du Code de commerce ».
- Le NUMÉRO D’ARTICLE est souvent structuré : dans le Code pénal, 121-5 se lit livre 1, titre 2, chapitre 1, 5e article de ce chapitre. Ce n’est pas une numérotation continue.
- La LETTRE qui précède, dans les codes récents, indique l’origine de la règle : L = partie législative (votée par le Parlement), R = partie réglementaire (décret en Conseil d’État), D = décret simple, A = arrêté.
- Les MENTIONS « bis », « ter », « quater » signalent des articles insérés après coup, sans renuméroter le code. L’article 59 bis du Code des douanes a été ajouté après l’article 59.
Le réflexe à prendre : tout est gratuit et à jour sur legifrance.gouv.fr. Quand une fiche cite un article, va le lire une fois dans le texte. Un article fait souvent trois lignes, et le lire vaut mieux que dix paraphrases.
Les alinéas
Un alinéa est un paragraphe d’un article. « Article 121-3 alinéa 4 » désigne le quatrième paragraphe de cet article. Beaucoup de règles importantes tiennent dans un seul alinéa, et les examinateurs attendent souvent cette précision.
Fil conducteur
L’avocat trouve un arrêt du Conseil d’État rendu dans une affaire proche. Ce qui l’intéresse n’est pas l’histoire des gens concernés, mais une seule phrase générale : celle qui pose la règle, et qui servira pour tous les cas semblables — y compris celui de Rachid. Troisième leçon : dans une décision, on cherche le principe, pas l’anecdote.
4. Comment lire un arrêt
C’est le point qui bloque le plus les débutants. Une fois le code de lecture acquis, ça devient mécanique.
Décoder la référence
Exemple 1 : « Crim. 25 oct. 1962, Lacour ».
- « Crim. » = chambre criminelle de la Cour de cassation. Autres abréviations : Civ. 1re, 2e, 3e (chambres civiles), Com. (chambre commerciale), Soc. (chambre sociale), Ass. plén. (assemblée plénière, la formation la plus solennelle), Ch. mixte.
- La date est celle de la décision.
- « Lacour » est le nom donné à l’arrêt, souvent celui d’une partie. Il sert de raccourci entre juristes.
Exemple 2 : « CE, Ass., 17 février 1950, Dame Lamotte ».
- « CE » = Conseil d’État. « Ass. » = assemblée du contentieux, sa formation la plus solennelle ; « Sect. » = section, un cran en dessous ; sans mention, il s’agit d’une formation ordinaire.
- Plus la formation est solennelle, plus l’arrêt est important. Un arrêt d’assemblée est presque toujours un grand arrêt.
Autres juridictions que tu croiseras : « Cons. const. » (Conseil constitutionnel, qui rend des décisions et non des arrêts), « TC » (Tribunal des conflits), « CJUE » (Cour de justice de l’Union européenne, anciennement CJCE), « CEDH » (Cour européenne des droits de l’homme, à Strasbourg, qui n’a rien à voir avec l’Union européenne).
Confusion classique à éviter absolument : la CJUE est l’organe judiciaire de l’Union européenne (27 États, Luxembourg). La CEDH est la cour du Conseil de l’Europe (46 États, Strasbourg), qui applique la Convention européenne des droits de l’homme. Deux institutions distinctes, deux traités distincts.
La structure d’une décision
- LES FAITS — ce qui s’est passé dans la vraie vie.
- LA PROCÉDURE — le parcours du dossier : qui a saisi quel tribunal, qui a fait appel, dans quel sens ont statué les juges précédents.
- LE PROBLÈME DE DROIT — la question juridique posée, toujours formulable en une phrase commençant par « La question était de savoir si… ».
- LA SOLUTION — ce que décide la juridiction, et surtout le motif de principe : la phrase générale qui dépasse l’affaire et qui fera jurisprudence.
Un arrêt n’a d’intérêt que par son motif de principe. Quand une fiche te dit « CE, 1933, Benjamin », ce qui compte n’est pas l’histoire de la conférence littéraire annulée à Nevers, mais la règle posée : une mesure de police ne peut restreindre une liberté que si elle est nécessaire et proportionnée.
Le vocabulaire des arrêts
- ESPÈCE : l’affaire concrète jugée. « En l’espèce » signifie « dans cette affaire précise ».
- MOYEN : un argument juridique soulevé par une partie.
- CASSER : annuler la décision d’une juridiction inférieure (c’est le fait de la Cour de cassation). CASSER ET RENVOYER : annuler et faire rejuger par une autre cour d’appel.
- REJET : la Cour de cassation approuve la décision attaquée, le pourvoi échoue.
- CONSIDÉRANT / ATTENDU : les paragraphes de motivation. La formule est en voie d’abandon depuis 2019, remplacée par une rédaction en style direct.
- REVIREMENT DE JURISPRUDENCE : la juridiction change de position par rapport à sa solution antérieure.
- OBITER DICTUM : une remarque du juge qui n’était pas nécessaire à la solution, mais qui annonce souvent une évolution.
5. Le vocabulaire de survie
Les vingt-cinq mots sans lesquels aucune phrase de manuel n’est compréhensible. À lire deux fois, puis à revenir consulter.
Les sources
- NORME : toute règle de droit, quel que soit son rang.
- JURISPRUDENCE : l’ensemble des décisions de justice, et la règle qui s’en dégage. En France elle n’est pas officiellement une source du droit, mais en pratique elle en est une.
- DOCTRINE : les écrits des professeurs et des praticiens. Elle n’a aucune force obligatoire, mais elle influence les juges.
- CODIFICATION : le regroupement des textes d’une matière dans un code. Un code n’est pas une loi nouvelle, c’est un rangement.
- DROIT POSITIF : le droit en vigueur aujourd’hui, par opposition au droit abrogé ou souhaité.
Les actes et les personnes
- PERSONNE PHYSIQUE : un être humain. PERSONNE MORALE : un groupement doté de la personnalité juridique (société, association, commune, État). Une personne morale a un patrimoine, peut agir en justice, et peut être pénalement responsable.
- ACTE JURIDIQUE : une manifestation de volonté destinée à produire des effets de droit (un contrat, un testament, une décision administrative). FAIT JURIDIQUE : un événement qui produit des effets de droit sans avoir été voulu pour ça (un accident, une naissance).
- ACTE UNILATÉRAL : voulu par une seule partie et qui s’impose (une décision administrative). CONTRAT : accord de volontés.
- OPPOSABLE : qui peut être invoqué contre quelqu’un.
- ABROGER : supprimer une règle pour l’avenir. ANNULER : la faire disparaître rétroactivement, comme si elle n’avait jamais existé.
Le procès
- REQUÉRANT / DEMANDEUR : celui qui saisit le juge. DÉFENDEUR : celui contre qui l’action est dirigée.
- COMPÉTENCE : le pouvoir d’une juridiction de connaître d’un litige. Compétence d’attribution (quelle matière) et territoriale (quel ressort).
- RECOURS POUR EXCÈS DE POUVOIR : demande d’annulation d’un acte administratif illégal. On y juge l’acte, pas les personnes.
- PLEIN CONTENTIEUX : le juge ne se limite pas à annuler, il peut condamner à indemniser ou réformer la décision.
- PRESCRIPTION : l’écoulement du temps qui éteint un droit ou une action.
- CHARGE DE LA PREUVE : celui qui doit prouver. En pénal, c’est l’accusation (présomption d’innocence).
- PRÉSOMPTION SIMPLE : qui peut être renversée par la preuve contraire. PRÉSOMPTION IRRÉFRAGABLE : qui ne le peut pas.
6. Les trois exercices du concours
Le fond ne suffit pas. Les correcteurs sanctionnent d’abord la méthode, et c’est la partie qui permet de progresser le plus vite.
Exercice 1 — La dissertation juridique
Ce n’est pas une dissertation de philosophie ni un exposé de connaissances. C’est la démonstration d’une thèse à partir d’un sujet formulé en quelques mots.
- Structure imposée : introduction, puis deux parties (I et II), chacune divisée en deux sous-parties (A et B). Pas trois parties. Pas de conclusion obligatoire en droit français.
- L’introduction est le morceau le plus noté : accroche, définition des termes du sujet, délimitation du champ, intérêt du sujet, problématique en une question, annonce du plan.
- Les titres doivent être qualifiés, c’est-à-dire porteurs de sens. « I. La légalité » ne vaut rien ; « I. Un principe de légalité affirmé » puis « II. Un principe de légalité relativisé » démontrent quelque chose.
- Le plan classique qui fonctionne presque toujours au début : affirmation puis limite (I. Le principe / II. Les tempéraments), ou évolution (I. Un dispositif ancien / II. Une refondation contemporaine).
Exercice 2 — Le cas pratique
Une petite histoire, et une ou plusieurs questions. On attend un raisonnement, pas un récitatif. Le raisonnement suit toujours le syllogisme juridique, en trois temps.
- MAJEURE : énoncer la règle applicable, avec son texte et sa jurisprudence. « Aux termes de l’article 121-5 du Code pénal, la tentative suppose un commencement d’exécution et l’absence de désistement volontaire. »
- MINEURE : confronter les faits de l’énoncé à cette règle. « En l’espèce, M. X s’est procuré une arme et a fait le guet devant la banque, mais n’est pas entré. »
- CONCLUSION : trancher, y compris en nuançant. « Le commencement d’exécution paraît donc caractérisé, sous réserve de l’appréciation souveraine des juges du fond. »
- Erreur la plus fréquente : dérouler tout le cours sur la tentative au lieu de résoudre le cas. Seule la règle utile au cas doit apparaître.
Exercice 3 — Le commentaire ou la fiche d'arrêt
La fiche d’arrêt est l’exercice de base, à faire pour chaque grand arrêt que tu apprends. Elle tient en dix lignes et se rédige toujours dans le même ordre.
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- Les faits, résumés en termes juridiques (pas « M. Dupont a cassé la vitrine » mais « un particulier a porté atteinte à un bien appartenant à autrui »).
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- La procédure : qui a saisi quoi, dans quel sens ont statué les juges du fond, qui s’est pourvu en cassation.
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- Les prétentions des parties et leurs moyens.
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- Le problème de droit, formulé en une seule question.
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- La solution et surtout le motif de principe, cité entre guillemets.
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- La portée : ce que l’arrêt change, confirme ou annonce.
Conseil de rythme : fais une fiche d’arrêt par jour pendant un mois, sur les grands arrêts de tes fiches. C’est l’exercice qui construit le plus vite le réflexe juridique, et il ne prend que quinze minutes.
7. Le plan de travail sur six mois
Calibré pour huit à dix heures par semaine, en parallèle d’un emploi à temps plein.
Semaines 1 à 3 — Les fondations
- Relire cette fiche deux fois, à une semaine d’intervalle.
- Se créer un lexique personnel : un fichier où tu notes chaque mot inconnu rencontré, avec ta propre définition. C’est l’outil le plus rentable des six mois.
- Aller lire dix articles au hasard sur Légifrance (Constitution, Code pénal, Code des douanes) simplement pour s’habituer à la langue.
- Faire deux fiches d’arrêt sur des arrêts très simples : CE 1933 Benjamin, TC 1873 Blanco.
Semaines 4 à 9 — Droit constitutionnel puis administratif
- Ce sont les matières charpentes : elles expliquent l’organisation de l’État, donc ton futur employeur.
- Objectif de la période : savoir expliquer à voix haute la hiérarchie des normes, la séparation des pouvoirs, la différence entre les deux ordres de juridiction, et ce que fait le Conseil d’État.
- Une fiche d’arrêt tous les deux jours.
- Première dissertation blanche en fin de période, même mauvaise. L’important est de se confronter au format.
Semaines 10 à 14 — Droit pénal
- Matière la plus concrète et la plus rapide à maîtriser : la logique est toujours la même (élément légal, matériel, moral).
- Priorité au droit pénal général : si tu maîtrises les éléments constitutifs, la complicité, la tentative et les causes d’irresponsabilité, tu peux raisonner sur n’importe quelle infraction.
- Le droit pénal spécial s’apprend par comparaison : vol contre abus de confiance contre escroquerie contre recel.
- Deux cas pratiques par semaine : c’est le format naturel de cette matière.
Semaines 15 à 20 — Droit des affaires
- Matière volumineuse mais peu conceptuelle : beaucoup de régimes à connaître, peu de théorie.
- Attaquer par les sociétés (SARL, SA, SAS) et le fonds de commerce, qui reviennent le plus souvent.
- Les procédures collectives sont un bloc à part, très rentable car peu de candidats les travaillent.
Semaines 21 à 24 — Droit de l'Union européenne
- Elle se comprend beaucoup mieux une fois le droit constitutionnel acquis : l’essentiel porte sur l’articulation entre deux ordres juridiques.
- Trois arrêts structurent toute la matière : Van Gend en Loos (effet direct), Costa c/ ENEL (primauté), Cassis de Dijon (reconnaissance mutuelle).
- C’est la matière la plus directement liée au métier : union douanière, ressources propres, politique commerciale commune.
En continu, toute la période
- Quinze minutes de flashcards par jour, pas une heure le dimanche. La répétition espacée ne fonctionne que si elle est quotidienne.
- Une copie complète par mois, en temps limité, dans les conditions du concours.
- Suivre l’actualité : les jurys apprécient qu’on relie une notion à un texte ou un arrêt récent.
Où trouver les sources fiables et gratuites
- legifrance.gouv.fr — tous les textes et codes à jour, et les grandes décisions de justice.
- vie-publique.fr — fiches pédagogiques de l’administration sur les institutions, écrites pour des non-juristes. Excellent point d’entrée.
- conseil-constitutionnel.fr et conseil-etat.fr — décisions commentées, avec des dossiers thématiques accessibles.
- curia.europa.eu — jurisprudence de la CJUE.
- douane.gouv.fr — réglementation douanière, rapports annuels de la DGDDI, résultats de la lutte contre la fraude : matière première des exemples à placer en copie.
- Pour un manuel papier : privilégier une collection de premier cycle universitaire (« Introduction générale au droit », niveau licence 1) plutôt qu’un ouvrage de préparation au concours, qui suppose les bases acquises.
Erreur classique à éviter : commencer par acheter cinq manuels de concours. Ils sont écrits pour des candidats qui ont déjà une licence de droit. Une bonne introduction générale au droit de niveau première année vaut mieux que trois ouvrages de préparation.
Cette fiche, en clair
Tout ce qui précède, redit avec des phrases courtes. À relire chaque fois que tu te sens perdu.
Le droit, ce sont des règles obligatoires que l’État peut faire respecter par la force. C’est ce qui les distingue de la morale ou de la politesse.
On range ces règles en deux grandes familles. Celles qui concernent l’État, les communes et les administrations : c’est le droit public. Celles qui concernent les rapports entre particuliers et entre entreprises : c’est le droit privé. Le droit pénal est à part, parce que c’est la société qui poursuit, mais il se rattache au droit privé.
En France, il y a deux séries de tribunaux totalement séparées. D’un côté les tribunaux judiciaires, pour les litiges entre particuliers et pour les infractions. De l’autre les tribunaux administratifs, pour tout ce qui touche l’État et les collectivités. Cette séparation vient de la Révolution, qui se méfiait des juges.
Première question à se poser devant n’importe quelle situation : quel juge est compétent ? En droit français, ça vient avant la question de savoir qui a raison.
Les règles sont empilées du plus fort au plus faible. Tout en haut la Constitution, puis les traités et le droit européen, puis les lois votées par le Parlement, puis les décrets et arrêtés du gouvernement, puis les décisions individuelles. Une règle ne peut jamais contredire celle qui est au-dessus d’elle.
Une référence comme « article L.145-1 » se lit ainsi : la lettre L veut dire que la règle a été votée par le Parlement, la lettre R qu’elle vient d’un décret du gouvernement. Le numéro indique où elle se trouve dans le code.
Une référence comme « Crim. 25 oct. 1962 » désigne une décision de justice. Les premières lettres indiquent quelle juridiction a statué, la date indique quand. Crim. veut dire chambre criminelle de la Cour de cassation, Com. chambre commerciale, CE Conseil d’État.
Quand on lit une décision de justice, ce qui compte n’est pas l’histoire des personnes concernées. C’est la phrase générale que le juge pose et qui servira ensuite pour tous les cas semblables. C’est elle qu’il faut retenir et savoir citer.
Le concours demande trois exercices différents. La dissertation, qui est une démonstration en deux parties avec des arguments et des références. Le cas pratique, où on applique la règle à une situation concrète en trois temps : la règle, les faits, la conclusion. Et le commentaire d’arrêt, où on dégage la règle posée par une décision de justice.
Dernier conseil, le plus important : ne cherche pas à tout retenir par cœur au début. Cherche d’abord à comprendre pourquoi chaque règle existe. Une règle dont on comprend la raison se retient sans effort ; une règle apprise mécaniquement s’oublie en trois semaines.